Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /Mars /2009 09:24



Avant de parler de l’hyper-communication culturelle, j’ai décidé d’offrir un entracte à vos petits cerveaux fumants en vous parlant d’un sujet beaucoup plus léger, mais tout aussi irritant, surtout dans le contexte actuel mondial : l’obligation d’envoyer un manuscrit complet et papier aux éditeurs...

 

D’ailleurs, pour information, on ne devrait plus dire « manuscrit » (puisqu’un manuscrit est écrit avec les paluches, par l’intermédiaire d’une belle plume d’oie trempée dans l’encre de chine, provoquant d’ailleurs d’incroyables pâtés sur le papier mais c’est une époque que vous n’avez dû connaître), mais tapuscrit. Toutefois, il faut bien reconnaître que le terme tapuscrit est d’une incroyable laideur.

 

Pour en revenir à notre sujet, une fois son manuscrit achevé, l’auteur wanabee, gonflé d’espoir et de naïveté, veut faire partager son œuvre exceptionnelle au plus grand nombre d’éditeurs. Hélas ! Il déchantera vite devant les exigences éhontées des grands noms de la littérature. Comment notre jeune ingénu pourrait-il faire partager sa bouse son manuscrit exceptionnel à tous s’il est bêtement subordonné à des critères physiques (en l’occurrence, son portefeuille) ?

 

Alors, dans un accès de rage passager il se posera cette question : pourquoi les éditeurs perpétuent-ils cette habitude stupide ? Et on lui répondra invariablement :

 

 

1- Nous avons besoin du manuscrit complet pour nous prononcer.

 

D’une débilité affligeante, cette réponse voudrait perpétuer la légende urbaine de l’éditeur consciencieux lisant toutes les pages de votre manuscrit avec fébrilité. Il nous faut en moyenne 3 minutes pour nous prononcer sur vos bouses. Et encore, je dirais 30 secondes au maximum. Parce que 99,9% de ce que nous recevons n’est déjà pas écrit dans un français correct, n’entre pas dans notre ligne éditoriale, ou d’une banalité affligeante. Nous lisons trois lignes, et c’est déjà emballé. Nous avons déjà notre idée sur vos « talents ».

Alors croyez-moi que nous n’avons pas besoin de votre manuscrit au complet pour nous prononcer.

 

2- Nous ne lisons pas vos manuscrits par mail / sur écran pour des raisons de confort de lecture.

 

Vu qu’il nous faut moins de 30 secondes pour vous juger, vous pensez sincèrement que ça nous abîme les yeux de le lire sur un écran ? Et puis, nous passons une bonne partie de nos journées à lire des blogs (et l’autre partie à manger des petits-fours), alors la lecture sur écran, nous connaissons.

 

 

3- Nous avons besoin d’entretenir un rapport physique avec l’écrit

 

 

Bon là, c’est la pire de toute, donnée une fois par un ami éditeur que j’ai violemment giflé au visage (il m’a ensuite frappé au ventre, mais ça, c’est une autre histoire).

Il m’avait expliqué dans un laïus digne des plus grands hommes politiques, avec l’air réellement convaincu, qu’il avait besoin de sentir le papier craquer sous son doigt pour se faire une réelle idée de l’histoire.

C’est également lui qui s’est enorgueilli un peu pus tard, lors d’une soirée littéraire affligeante, de ne jamais ouvrir un livre envoyé par la poste et de tout envoyer directement au pilon.

 

 



En réalité, pourquoi maintenons-nous un tel archaïsme dans notre façon de vous juger ?

Parce que nous avons peur de vous ! Peur d’être inondé de mails de vos bouses immondes que vous osez déjà nous envoyer par papiers. Lorsqu’un Wanabee doit imprimer son « œuvre », il y a un rapport physique avec le manuscrit qui le contraint dans l’espace et le temps. Il ne pourra pas en fabriquer deux cents et les envoyer, il sélectionnera ses heureux destinataires (et je prierai pour qu’il aille chez les autres).

 

Avec Internet, les mails, le copier-coller etc., il est facile d’envoyer son manuscrit à trois cent éditeurs en moins de vingt secondes, d’inonder des centaines de maisons d’édition parisiennes ou provinciales, et même de polluer les boîtes de tous les éditeurs d’une même maison !

 

Alors croyez-moi que nous ne sommes pas prêts à changer nos méthodologies. J’aurais même tendance à vouloir en rajouter. Si j’en avais le droit je vous demanderai bien de m’écrire vos torchons à la force du poignet avec votre propre sang et en suédois, le tout sur un parchemin de peau humaine de moine tibétain.

 

Mais je ne peux pas. Parce qu’il existe cette chose dérangeante dans ce bas-monde qu’on appelle pompeusement « la loi ».

Par Clark Kent
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Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 12:01



Derrière ce titre volontairement ronflant se cache la troisième dimension responsable de la stupidité du système littéraire actuel, au-delà de l’élitisme caractérisé de nos lignes éditoriales, ici, et de la bêtise des lecteurs, ici. De quoi s’agit-il ?

 

Ben oui, c’est marqué dans le titre. L’hyper-marketing culturel. Pour être complet, je devrais ajouter l’hyper-communication culturelle et faire un magnifique diptyque de la troisième dimension, mais je traiterai cette thématique lors d’une prochaine note.

 

Donc l’hyper-marketing culturel.

Cette tendance à attirer le chaland par des thématiques racoleuses, voire polémiques, à suivre des effets de mode ineptes, à profiter de l’actualité, à jouer sur la corde sensible / instinctive de l’être humain (tendance sur laquelle repose une partie de ce blog : interpellation du lectorat par la provocation, tenue de propos volontairement crus teintés d’une thématique « dénonciation du milieu littéraire sans langue de bois » etc. ).

Et dont les conséquences les plus palpables sont l’appauvrissement des genres littéraires, le formatage de la culture, et surtout, l’anticipation stupide des envies du lectorat.

 

Hier, j’ai reçu un lien de l’auteur d’un article très intéressant sur Rue 89, ici, qui permet d’illustrer mon propos et qui oriente la réflexion vers les bonnes thématiques, à savoir la responsabilité du lectorat (et aussi des éditeurs, mais ça, tout le monde le sait déjà).

 

Comment fonctionne l’hyper-marketing culturel :

 

Une fille aux gros seins sur la couverture, un titre racoleur :

§         Comment j’ai été violée cinq fois de suite par un pervers sadique et vicieux

§         Ma descente aux enfers dans le milieu de la pornographie infantile

§         Mes amies : la cocaïne, la violence, la haine.

 

À noter qu’il faut toujours un côté violent ou sexuel, même si le côté sexuel est beaucoup plus vendeur.

 

Une 4ème de couv alléchante :

§         Violette conte avec force détails les viols atroces infligés par Patrick, son tortionnaire.

§         Yoan s’enfile trois grammes de coke par jour. Ses hobbies : tabasser les passants dans la rue, violer les secrétaires de direction dans les couloirs déserts du métro, enlever les enfants et les torturer à mort, démembrer les chats et envoyer les morceaux à leur propriétaire.

 

Ou encore mieux, un extrait :

§         « Il arracha mes vêtements avec les dents. Son sexe énorme et durci par l’excitation pointait vers mon corps meurtri, tel un poignard se préparant à pénétrer ma chair... »

§         « Encore une de ces gamines pré-pubères sans petite culotte qui aguiche les mâles en rut dans les couloirs du collège. Ça faisait quinze jours que je l’avais repérée. Rien que de penser à ce que j’allais lui faire, j’en avais le souffle coupé... »

 

Et voilà, c’est fait. Publication, mini-polémique, best-seller.

 

Il est temps d’assumer vos responsabilités en tant que lecteur, comme il est temps que nous assumions nos responsabilités en tant qu’éditeur, et que nous cessions de vendre des livres stériles qui ne font que créer le buzz sans susciter de vrais débats de fond.

Vous achetez le livre de Mazarine parce qu’elle surfe sur la « mode » des bébés congelés (et aussi parce qu’elle est une people, mais ça, c’est une autre histoire), vous achetez « Rose bonbon » parce qu’il parle crûment de pédophilie et qu’il crée la polémique.

Et après, vous vous plaignez de n’avoir que des livres dans la même veine, ou qui vont toujours plus loin dans la haine, la violence et la pornographie. Vous vous plaignez du racolage quasi-permanent, de la banalisation du sexe et de la violence qu’on offre à vos enfants.

 

Redescendez un peu de votre piédestal et interrogez-vous enfin !

 

Quelle responsabilité avez-vous dans ce massacre littéraire ? En tant que lecteur, vous effectuez un acte militant en achetant un livre. Alors, cessez immédiatement d’acheter des bouses racoleuses et peut-être que nous arrêterons enfin de vous prendre pour des veaux et de placer le mot « sexe » dans nos titres pour en vendre deux fois plus.  

Par Clark Kent
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Dimanche 22 février 2009 7 22 /02 /Fév /2009 10:55


Dans ma note précédente, je définissais comme livre-étalon-nullité les bouses people que nous publions à longueur de temps. Si vous avez bien suivi mon premier laïus (ce dont je peux douter étant donné que la télévision était allumée à fond sur la roue de la fortune, au moment où la blonde aux gros seins glousse à la suite d’une blague grivoise de notre ami Christophe, sous les jappements de joie du chien et du public), je parlais d’une radicalisation de la ligne éditoriale.

Et qu’avons-nous en face de la vie larmoyante de Loana ? Si le témoignage crucial de Cathy « Super-Nanny » et de sa vie trépidante est le degré zéro de la littérature, quel est le degré maximum ?

Allons, réfléchissez un peu.

 

Bon, je donne la réponse : la littérature pompeuse, arrogante, indigente. Je me garderais bien de citer des noms, car il est toujours plus facile de taper sur Loana que sur Assouline (oups...).

 

Vous savez, cette littérature où personne ne comprend jamais rien mais fait croire l’inverse aux autres dans les soirées littéraires. Cette littérature où les auteurs se regardent écrire comme nos hommes politiques s’écoutent parler. Cette littérature récompensée par de nombreux prix, tout aussi indigents, où la forme de l’écriture occulte complètement la narration. Où les éditeurs peuvent se targuer d’avoir découvert un écrivain capable de faire un vrai travail sur la langue. Où, accessoirement, l’éditeur qui a vendu 300 exemplaires se vante d’avoir offert au monde une œuvre complexe qui n’est pas à la portée de tous les esprits...

 

St Germain Des Prés, c’est aussi cela. Pourquoi ? Parce que nous sommes français, donc arrogants, parce nous sommes parisiens, donc suffisants, parce nous avons l’impression d’appartenir à une élite intellectuelle donc insolents, et que nous avons l’impression de contribuer à façonner le monde par notre intellect, donc  méprisants.

 

Nous sommes complètement déconnectés de la réalité, et nous avons besoin de marquer notre différence par rapport à vous, le bas-peuple, la masse de moutons bêlants qui achète Voici et autre (même si nous sommes nombreux à acquérir ce type de torchons, mais nous les lisons en cachette en plaçant le dernier Le Clézio sur la table du salon quand nous recevons). Alors tout ce que vous aimez nous le détestons. Pire encore, nous le méprisons. Ne comptez donc pas sur nous pour le publier.

 

Nous continuerons longtemps à diffuser nos bouses élitistes et indigentes. Et si, par malheur, vous vous appropriez une de nos pépites, nous nous empresserons de la jeter aux oubliettes et de la classer parmi la littérature « populaire ».

 

Parce nous sommes comme cela. Nous avons besoin de vous pour vivre, chers lecteurs, mais nous vous haïssons d’une force peu commune.  

Par Clark Kent
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