
J’ai ramené du café à des idiots prétentieux pendant des années, j’ai bouffé de la photocopie, j’ai léché des culs, fait des stages payés au lance-pierre dans les maisons les plus
prestigieuses, englouti des petits fours indigestes dans les soirées mondaines, côtoyé des auteurs puants d’arrogance, des attachés de presse ahuris et arrivistes, des journalistes débiles, et
j’ai enfin réalisé mon rêve : devenir éditeur dans une grande maison d’édition parisienne, avec pour objectif de contribuer à diffuser une culture intelligente (un pléonasme ne fait jamais
de mal...) pertinente, populaire.
Ça fait maintenant un bout de temps que je suis dans le métier. J’en ai vu pas mal. Et je me rends
compte que mon but si idyllique ne sera jamais atteint. C’est plutôt l’inverse. Je publie de la merde pour des veaux incultes, sous la pression de comptables ignares qui ne raisonnent qu’en terme
de retour sur investissement.
Et pendant ce temps, le système explose. Les ventes et les lignes éditoriales se radicalisent, le
décalage offre / demande est de plus en plus flagrant, la culture s’appauvrit, le fossé se creuse...
Qui est fautif ? Tout le monde, car, à bien y réfléchir, nous sommes tous
coupables...

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