Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 12:01



Derrière ce titre volontairement ronflant se cache la troisième dimension responsable de la stupidité du système littéraire actuel, au-delà de l’élitisme caractérisé de nos lignes éditoriales, ici, et de la bêtise des lecteurs, ici. De quoi s’agit-il ?

 

Ben oui, c’est marqué dans le titre. L’hyper-marketing culturel. Pour être complet, je devrais ajouter l’hyper-communication culturelle et faire un magnifique diptyque de la troisième dimension, mais je traiterai cette thématique lors d’une prochaine note.

 

Donc l’hyper-marketing culturel.

Cette tendance à attirer le chaland par des thématiques racoleuses, voire polémiques, à suivre des effets de mode ineptes, à profiter de l’actualité, à jouer sur la corde sensible / instinctive de l’être humain (tendance sur laquelle repose une partie de ce blog : interpellation du lectorat par la provocation, tenue de propos volontairement crus teintés d’une thématique « dénonciation du milieu littéraire sans langue de bois » etc. ).

Et dont les conséquences les plus palpables sont l’appauvrissement des genres littéraires, le formatage de la culture, et surtout, l’anticipation stupide des envies du lectorat.

 

Hier, j’ai reçu un lien de l’auteur d’un article très intéressant sur Rue 89, ici, qui permet d’illustrer mon propos et qui oriente la réflexion vers les bonnes thématiques, à savoir la responsabilité du lectorat (et aussi des éditeurs, mais ça, tout le monde le sait déjà).

 

Comment fonctionne l’hyper-marketing culturel :

 

Une fille aux gros seins sur la couverture, un titre racoleur :

§         Comment j’ai été violée cinq fois de suite par un pervers sadique et vicieux

§         Ma descente aux enfers dans le milieu de la pornographie infantile

§         Mes amies : la cocaïne, la violence, la haine.

 

À noter qu’il faut toujours un côté violent ou sexuel, même si le côté sexuel est beaucoup plus vendeur.

 

Une 4ème de couv alléchante :

§         Violette conte avec force détails les viols atroces infligés par Patrick, son tortionnaire.

§         Yoan s’enfile trois grammes de coke par jour. Ses hobbies : tabasser les passants dans la rue, violer les secrétaires de direction dans les couloirs déserts du métro, enlever les enfants et les torturer à mort, démembrer les chats et envoyer les morceaux à leur propriétaire.

 

Ou encore mieux, un extrait :

§         « Il arracha mes vêtements avec les dents. Son sexe énorme et durci par l’excitation pointait vers mon corps meurtri, tel un poignard se préparant à pénétrer ma chair... »

§         « Encore une de ces gamines pré-pubères sans petite culotte qui aguiche les mâles en rut dans les couloirs du collège. Ça faisait quinze jours que je l’avais repérée. Rien que de penser à ce que j’allais lui faire, j’en avais le souffle coupé... »

 

Et voilà, c’est fait. Publication, mini-polémique, best-seller.

 

Il est temps d’assumer vos responsabilités en tant que lecteur, comme il est temps que nous assumions nos responsabilités en tant qu’éditeur, et que nous cessions de vendre des livres stériles qui ne font que créer le buzz sans susciter de vrais débats de fond.

Vous achetez le livre de Mazarine parce qu’elle surfe sur la « mode » des bébés congelés (et aussi parce qu’elle est une people, mais ça, c’est une autre histoire), vous achetez « Rose bonbon » parce qu’il parle crûment de pédophilie et qu’il crée la polémique.

Et après, vous vous plaignez de n’avoir que des livres dans la même veine, ou qui vont toujours plus loin dans la haine, la violence et la pornographie. Vous vous plaignez du racolage quasi-permanent, de la banalisation du sexe et de la violence qu’on offre à vos enfants.

 

Redescendez un peu de votre piédestal et interrogez-vous enfin !

 

Quelle responsabilité avez-vous dans ce massacre littéraire ? En tant que lecteur, vous effectuez un acte militant en achetant un livre. Alors, cessez immédiatement d’acheter des bouses racoleuses et peut-être que nous arrêterons enfin de vous prendre pour des veaux et de placer le mot « sexe » dans nos titres pour en vendre deux fois plus.  

Par Clark Kent
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Commentaires

objection : ni le Mazarine ni Rose Bonbon n'ont été des succès. Alors que le hérisson ou Gavalda sont les vrais recrods de ventes. Où est la coke et le sexe dans le dernier Guillaume Musso ?
Commentaire n°1 posté par un peu de réalisme, svp. le 23/02/2009 à 12h53
Objection retenue.
L'élégance du hérisson entre, pour moi, dans cette catégorie de livre (classification personnelle tout à fait subjective) dont je parle dans mon article "Pourquoi les grandes maisons d'éditions sont complètement déconnectées de la réalité" : celle des livres pompeux, arrogants, où l'auteur étale sa culture. On peut tout de même reconnaître qu'il est légèrement moins nombriliste que les autres, d'où son succès relatif.

Musso, Levy, Loevenbruck, Werber et les autres qui ne sont pas forcemment français (Coben, Dan Brown, Follett etc.) sont des cas à part dont je parlerai bientôt, parce qu'ils contribuent dans une moindre mesure aux difficultés actuelles de la littérature...
Réponse de Clark Kent le 23/02/2009 à 14h50
Le choc est dans le prix ; Voilà aussi une accroche à deux visages ; on y voit sur les étiquettes à carrefour, auchan, etc « prix choc » pour certains aliments. Pour quelle raison le prix peut choquer ? Ou parce qu’il est trop élevé ou parce qu’il est trop bas. L’attente de ceux qu’ils ont pondu l’étiquette c’est que les gens pensent « parce qu’il est bien bas ». Et ça marche. En réalité le prix du produit a augmenté, mais l’étiquette « prix choc » impressionne les acheteurs, qui naïvement croient en l’honnêteté du commerçant. Pareils pour les livres à « couverture choc », « 4ème couv. choc », « titre choc ». Les gens s’attendent à trouver une vraie littérature dans les livres en haut de la pile, et, ils découvrent du vent. Qui est malhonnête dans la présentation d’un produit ? Le commerçant alias éditeur, ou le consommateur alias l’acheteur alias le lecteur ? Comment se défendre de cette agressivité choc ? Avez-vous une solution à part ce conseil de ne plus acheter "les chocs" ? Personnellement je me méfie de tout ce qui est présenté comme étant choc, mais parfois je me laisse embarquer, comme sur votre blog « qui choc ».
Commentaire n°2 posté par valy christine le 23/02/2009 à 13h56
J'ai beaucoup réfléchi à cela, de nombreuses personnes ont déjà beaucoup refléchi à cela. Internet est également le lieu où de nombreuses solutions sont proposées. Mais franchement, rien ne vaut l'information (en dehors des médias classiques), le bouche-à-oreille, ou encore mieux, la lecture d'un extrait / chapitre.
A l'heure du dvp durable, on nous conseille de consommer responsable (produits bio, équitables etc.), faisons de même pour les livres.  
Réponse de Clark Kent le 23/02/2009 à 15h06
Wrath, ton nouveau déguisement est pathétique...le même discours, le même vocabulaire...comment peut-tu espérer tromper qui que ce soit ??
Commentaire n°3 posté par x le 23/02/2009 à 21h43
Bigre, me voilà découverte...
Bon, je crois qu'il va falloir que je fasse une note explicative sur le sens de ma démarche...
Réponse de Clark Kent le 24/02/2009 à 08h50
Ah ben bravo, c'est du joli. Il me semble quand même que la soupe est un peu plus radicale et pimentée sur ce blog-ci. J'aurais peut-etre fini par fleurer l'entourloupe si, à côté de ces dénonciations tonitruantes du consumérisme triomphant, l'auteur(e) avait paradoxalement vanté les mérites du libéralisme anglo-saxon en génaral et anglais tout court en particulier. Là OK, j'aurais reconnu notre Wrath habituelle. Bravo quand même (si c'est bien le cas...), au moins ici c'est rigolo. ;-)
Commentaire n°4 posté par le koala le 26/02/2009 à 16h01

Il faudra alors que je fasse un article expliquant à quel point Londres est une ville fooooormidable...
Ah oui, et vive le libéralisme anglo-saxon...

Réponse de Clark Kent le 05/03/2009 à 09h36
C'est un faux proces, ou une fausse bonne idee au choix. Meme si Dan Brown, Marc levy ou Musso n'existaient pas, les autres livres "plus litteraires" ne se vendraient pas plus. Ceux qui achetent et lisent les premiers ne liront jamais les autres. C'est comme ca. On en peut pas demander a quelqu'un qui trime vraiment toute la sainte journee d'etre en plus oblige de choisir entre les delires d'un philosophe blase ou le dernier film de Godard. D'ailleurs vous l'avez dit vous meme dans un autre post: Vous en avez plus que ras le bol de ces livres que personne ne comprend tout en faisant semblant de les comprendre de peur de n'etre pas compris lorsqu'il se trouve pris en otage d'une conversation incomprehensible! (vous suivez?)
Commentaire n°5 posté par Robert le 05/03/2009 à 21h48
A "X". Je ne crois pas que C. Kent soit un nouveau pseudonyme de LMJ dite "Wrath" meme si le mot "bouse" semble etre un point commun. Parce que pour le reste, sans vouloir passer la pommade, CK semble manier la langue francaise autrement plus correctement.
Commentaire n°6 posté par Robert le 05/03/2009 à 21h51
Quoi qu'il en soit Robert, je crois - naïvement, sans beaucoup d'expérience sans doute - que l'édition peine justement à dégager et mettre en valeur une sorte de "juste milieu" littéraire entre d'un côté la feuille de salade indigne de Voici, consacrée à Loana ou à toute autre rescapée de la télé-réalité ou peopelerie de bas-étages (sans parler du style 'gossip'...), et d'un autre côté les dissertations post-deleuziennes mâtinées d'impressions délicieusement byzantines. Parenthèse: je viens de voir dans une vitrine un exemplaire de l'inénnarable petit dernier de Sollers, "pensées ou aphorismes", à moins que ce ne soit l'avant-dernier. Pensées et aphorismes !! Mieux vaut en sourire - et s'évertuer à imaginer qui peut encore acheter cela.
Ce juste milieu entre délassement et apport culturel substantiel existe plus sensiblement dans d'autres domaines, plus simplement aussi peut-être. Au cinéma, entre christian Clavier et tarkovski, il y a un espace qui, pourait-on dire, est entièrement occuppé ou presque. En plein milieu, tenant lieu d'équateur, je placerais par exemple un type comme Terry Gilliam, dont les oeuvres sont à la fois distrayantes et intelligentes. A sa sortie "Brazil" etait même, à mon sens, le film le plus intelligent depuis un bout de temps. sans prétention déplacée.
On peut songer aussi à J-J Anaud, Danny Boyle, Mike Van Diem (ah, "Karacter" !!).
Mais en littérature, moins facile apparemment d'identifier ce "milieu" - en littérature française du moins car il me semble que les auteurs américains en revanche s'y "installent" d'emblée, avec facilité, et bien souvent sans nombrilisme, en racontant souvent - le fait est - de vraies histoires: voir de Lillo, les Roth (philip, Henry), naguère Bukowski et Saul Bellow, dans un autre genre Richard Ford, Palaniuk, etc...

PS- si c'est vous Philippe Sollers, sachez que par contre j'ai bien aimé l'avant-avant-avant dernier dont j'ai oublié le titre là présentement (hum).
Commentaire n°7 posté par le koala le 06/03/2009 à 14h43
Bonjour.
S'agissant des lettres de refus d'un manuscrit par les éditeurs, on en trouve une impressionnante collection à l'adresse suivante :

http://refusdediteurs.webs.com
Commentaire n°8 posté par Ydébloc le 14/07/2010 à 22h38

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