Partager l'article ! Pourquoi les éditeurs réclament-ils toujours des manuscrits papiers…: Avant de parler de l’hyper-communication culturelle, j’ai ...
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Avant de parler de l’hyper-communication culturelle, j’ai décidé d’offrir un entracte à vos petits cerveaux fumants en vous parlant d’un sujet beaucoup plus léger,
mais tout aussi irritant, surtout dans le contexte actuel mondial : l’obligation d’envoyer un manuscrit complet et papier aux éditeurs...
D’ailleurs, pour information, on ne devrait plus dire « manuscrit » (puisqu’un manuscrit est écrit avec les paluches, par l’intermédiaire d’une belle plume d’oie trempée dans l’encre de chine, provoquant d’ailleurs d’incroyables pâtés sur le papier mais c’est une époque que vous n’avez dû connaître), mais tapuscrit. Toutefois, il faut bien reconnaître que le terme tapuscrit est d’une incroyable laideur.
Pour en revenir à notre sujet, une fois son manuscrit achevé, l’auteur wanabee, gonflé d’espoir et de naïveté, veut faire partager son
œuvre exceptionnelle au plus grand nombre d’éditeurs. Hélas ! Il déchantera vite devant les exigences éhontées des grands noms de la littérature. Comment notre jeune ingénu pourrait-il faire
partager sa bouse son manuscrit exceptionnel à tous s’il est bêtement subordonné à des critères physiques (en l’occurrence, son portefeuille) ?
Alors, dans un accès de rage passager il se posera cette question : pourquoi les éditeurs perpétuent-ils cette habitude stupide ? Et on lui répondra invariablement :
1- Nous avons besoin du manuscrit complet pour nous prononcer.
D’une débilité affligeante, cette réponse voudrait perpétuer la légende urbaine de l’éditeur consciencieux lisant toutes les pages de votre manuscrit avec fébrilité. Il nous faut en moyenne 3 minutes pour nous prononcer sur vos bouses. Et encore, je dirais 30 secondes au maximum. Parce que 99,9% de ce que nous recevons n’est déjà pas écrit dans un français correct, n’entre pas dans notre ligne éditoriale, ou d’une banalité affligeante. Nous lisons trois lignes, et c’est déjà emballé. Nous avons déjà notre idée sur vos « talents ».
Alors croyez-moi que nous n’avons pas besoin de votre manuscrit au complet pour nous prononcer.
2- Nous ne lisons pas vos manuscrits par mail / sur écran pour des raisons de confort de lecture.
Vu qu’il nous faut moins de 30 secondes pour vous juger, vous pensez sincèrement que ça nous abîme les yeux de le lire sur un écran ? Et puis, nous passons une bonne partie de nos journées à lire des blogs (et l’autre partie à manger des petits-fours), alors la lecture sur écran, nous connaissons.
3- Nous avons besoin d’entretenir un rapport physique avec l’écrit
Bon là, c’est la pire de toute, donnée une fois par un ami éditeur que j’ai violemment giflé au visage (il m’a ensuite frappé au ventre, mais ça, c’est une autre histoire).
Il m’avait expliqué dans un laïus digne des plus grands hommes politiques, avec l’air réellement convaincu, qu’il avait besoin de sentir le papier craquer sous son doigt pour se faire une réelle idée de l’histoire.
C’est également lui qui s’est enorgueilli un peu pus tard, lors d’une soirée littéraire affligeante, de ne jamais ouvrir un livre envoyé par la poste et de tout envoyer directement au pilon.
En réalité, pourquoi maintenons-nous un tel archaïsme dans notre façon de vous juger ?
Parce que nous avons peur de vous ! Peur d’être inondé de mails de vos bouses immondes que vous osez déjà nous envoyer par papiers. Lorsqu’un Wanabee doit imprimer son « œuvre », il y a un rapport physique avec le manuscrit qui le contraint dans l’espace et le temps. Il ne pourra pas en fabriquer deux cents et les envoyer, il sélectionnera ses heureux destinataires (et je prierai pour qu’il aille chez les autres).
Avec Internet, les mails, le copier-coller etc., il est facile d’envoyer son manuscrit à trois cent éditeurs en moins de vingt secondes, d’inonder des centaines de maisons d’édition parisiennes ou provinciales, et même de polluer les boîtes de tous les éditeurs d’une même maison !
Alors croyez-moi que nous ne sommes pas prêts à changer nos méthodologies. J’aurais même tendance à vouloir en rajouter. Si j’en avais le droit je vous demanderai bien de m’écrire vos torchons à la force du poignet avec votre propre sang et en suédois, le tout sur un parchemin de peau humaine de moine tibétain.
Mais je ne peux pas. Parce qu’il existe cette chose dérangeante dans ce bas-monde qu’on appelle pompeusement « la loi ».
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